vendredi 11 mai 2012

L'appel : sommes-nous prêts ?

Appel- Sacerdoce- Vocation



Voici quelques extraits de l'intervention du Cardinal Vingt-Trois lors de la rencontre avec les prêtres parisiens le 1er mai dernier.
Le Cardinal présente quelques réfléxions sur la vie de notre Eglise et sur l'avenir. Je vous en propose quelques extraits qui peuvent nous aider à mieux comprendre le ministère sacerdotal. Je suis sûr qu'ils aideront à répondre ceux qui y sont appelés !



L'appel
" Il faut donc se poser la question : pourquoi appeler ? Et ensuite, après avoir su pourquoi on appelle, qui appeler ? Des gens responsables dans l’Église ou dans un conseil pastoral, sont-ils capables de passer en revue ceux et celles qu’ils connaissent, et d’identifier dix ou quinze personnes à qui on peut demander quelque chose ? On ne va pas demander la même chose à tout le monde et leur proposer d’abandonner leur travail et de disperser leur famille pour pouvoir s’occuper de l’Église. Mais on peut leur demander quelque chose, à condition de franchir le seuil de la résistance ou tout ce qui paralyse cet appel.
Une année de l’appel permet de se demander pourquoi appelle-t-on ? Qu’est-ce que l’on pourrait faire de neuf ou de plus, de mieux, si on avait des acteurs ? Va-t-on chercher ces acteurs ? Et quels acteurs va-t-on appeler ?
On peut dire la même chose de la vie consacrée. Qui se soucie aujourd’hui, dans les communautés chrétiennes, de l’appel à la vie consacrée ? Qui se pose la question ?  (…)


Cette question-là, si on ne la pose pas concrètement, si des animateurs de groupes de jeunes et des prêtres qui accompagnent des jeunes ne se demandent jamais qui on pourrait appeler et ne posent jamais la question de l’appel, s’ils n’invitent jamais des jeunes à envisager l’éventualité qu’ils puissent être appelés à donner leur vie, ils ne vont pas trouver cela tous seuls.

Appel à la vie consacrée, appel au sacerdoce. Dans chacun de ces cas, que cela soit l’appel des laïcs, l’appel à la vie consacrée, l’appel au sacerdoce, il faut que nous avancions, que nous progressions toujours dans notre capacité à dire pour quoi faire. Nous n’appelons pas simplement pour permettre à des gens de mener à bien leurs idées, leurs projets, leurs désirs, mais aussi pour leur demander de renoncer à leurs projets, à leurs idées et à leurs désirs pour faire quelque chose que Dieu et l’Eglise leur demandent. (…)

Le contenu du ministère sacerdotal

Je pense qu’une des raisons pour lesquelles nous peinons à recevoir des vocations, vient de la difficulté que nous avons à bien identifier, ou à mieux identifier le contenu du ministère sacerdotal. Je voudrais en souligner trois aspects, trois faces, trois dimensions qui se complètent et se rejoignent.


La première, c’est le don : le don de Dieu et le don de notre vie. Dieu donne ses disciples au Christ. Les évangiles nous montre que Jésus considère que les siens, ses disciples, ceux qu’il a appelé pour être avec lui, lui ont été donnés par Dieu. Dans l’évangile selon saint Luc, Jésus passe la nuit en prière avant d’appeler nommément ses apôtres, un par un. Dans l’évangile de saint Jean, c’est encore plus clair. Jésus dit dans sa prière : « ceux que tu m’as donnés » (Jn 17, 6). Dieu donne au Christ ses disciples. Dieu donne aujourd’hui à l’Église les prêtres dont elle a besoin.


Ce don de Dieu est incommensurable, irrémissible. La grâce de Dieu est sans limite et sans réserve. Les limites et les réserves viennent de notre difficulté à accueillir la grâce de Dieu. Alors sommes-nous prêts ? Comment sommes-nous prêts à donner tout, à donner notre vie complètement et sans réserve ? Nous répondons à un don sans réserve, et la plénitude du don appelle une réponse la plus plénière possible, la moins calculée, la moins fantasmée, la plus radicale aussi. Le ministère du prêtre dans notre Église est lié étroitement à cet échange de dons, qui suscite en nous la capacité de nous donner totalement, et qui demande de nous une actualisation permanente de ce don total.

Évidemment, ce don est vécu de façon sacramentelle absolue dans l’ordination. Mais ce qui est ontologiquement accompli dans l’ordination se concrétise existentiellement dans les situations de chaque instant. On peut dire : « je veux », comme on l’a dit dans l’ordination, mais ensuite il faut continuer de vouloir, pas seulement dans la cérémonie, mais dans la vie de tous les jours ! Ce premier élément me parait plus décisif encore si nous souhaitons développer une collaboration active avec des laïcs. Ceux-ci n’ont pas été appelés à ce don total. Mais, pour pouvoir assumer l’ensemble des exigences de leur vie baptismale, ils doivent savoir et pouvoir s’appuyer sur quelqu’un qui a repris l’ensemble de ces exigences dans un don total de lui-même.
Le deuxième point concerne ce que l’on pourrait appeler notre valeur ajoutée dans la vie de l’Église. Il faut que nous progressions dans l’identification de cette valeur ajoutée. Je ne dis pas cela pour mépriser les tâches élémentaires de l’existence. Identifier notre valeur ajoutée spécifique dans la vie de l’Église ne doit pas nous conduire à monter sur un petit banc en disant que le reste n’est pas digne de nous. Il s’agit de mesurer dans quels actes nous sommes pleinement donnés pour la vie de la communauté. Notre valeur ajoutée est d’être celui qui tient la place du Christ dans la communauté, c’est-à-dire celui qui préside à la vie ecclésiale dans sa célébration liturgique, qui préside à la consécration des laïcs par la célébration des sacrements, qui annonce la Parole de Dieu, qui la commente, qui est un guide pour la prière, qui est un homme de Dieu au milieu du Peuple de Dieu.


Si nous ne sommes pas des hommes de prière, si nous ne sommes pas des hommes de la Parole de Dieu, si nous ne sommes pas des hommes de l’eucharistie, si nous ne sommes pas des hommes qui donnent la priorité à la célébration des sacrements sur toute autre activité, notre valeur ajoutée fait défaut à l’Église. On peut par ailleurs être un bon chanteur, un bon animateur de réunion, un type qui a plein d’idées. C’est très bien, mais ce n’est pas pour cela que nous sommes ordonnés. Tout cela, c’est le surcroit. Nous sommes d’abord ordonnés pour être le prêtre de la communauté. Cela peut prendre toutes les formes que vous voulez, mais si nous l’oublions et si nous n’avons pas cette attente au coeur, il est difficile d’organiser notre activité, et nous devenons une sorte d’exécutant tourbillonnant que l’on ne peut jamais saisir parce qu’il est toujours pris par autre chose.
Troisièmement, il faut que le prêtre soit dans la communauté un homme de la mission. Il a été en effet envoyé pour cela. Il est, dans le Christ, le témoin de cette ouverture universelle de l’Évangile. C’est pourquoi, malgré les difficultés qui en découlent et dont je mesure le poids pour chacun d’entre vous, je persévère dans l’intention de mettre des prêtres de Paris à la disposition d’autres diocèses ou de services généraux dans l’Église. (…)
Le prêtre donc doit être le « caillou dans la chaussure » qui fait qu’on ne se contente pas de ce que l’on fait, que l’on ne se contente pas d’être saturé, que l’on ne se laisse pas consommer par une communauté, qui de toute façon consommera tous les prêtres qu’elle reçoit. Il ne faut pas que le prêtre se laisse complètement accaparer par des choses qui ne sont pas mauvaises, mais qui ne lui laissent plus aucune marge pour réfléchir, organiser et soutenir l’action missionnaire de sa communauté ! Ce n’est pas simplement une question de temps ou une question de disponibilité. C’est une question d’orientation d’esprit. Nous ne sommes pas envoyés simplement pour gérer la communauté qui existe, nous sommes envoyés pour transformer cette communauté en communauté missionnaire qui va annoncer l’Évangile au-delà de ses frontières visibles.

Je crois que si nous sommes un peu plus au clair sur ces trois points (la consécration totale, le prêtre homme de Dieu et homme de la mission), nous devrions pouvoir trouver des hommes qui s’intéressent au moins à une de ces trois dimensions. Ils découvriront certainement ensuite les deux autres !


Je n’appelle pas au sacerdoce en général, j’appelle à être prêtre à Paris. Quand j’appelle pour avoir des hommes de Dieu, ce n’est pas à Tamanrasset, c’est à Paris. Quand j’appelle des hommes complètement donnés, ce n’est pas pour vivre comme le curé d’Ars, c’est pour tout donner aujourd’hui, en 2012. Quand j’appelle pour la mission, j’appelle pour la mission à Paris et à partir de Paris."

+André cardinal Vingt-Trois
Pour lire l'intégralité de l'intervention du Cardinal Vingt-Trois : lien







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