vendredi 7 juin 2013

Du cœur aux Cœurs


Le parcours liturgique dirige successivement les regards vers le Sacré-Cœur de Jésus et le Cœur Immaculé de Marie. Deux âmes vivant à l’unisson de l’amour. Deux dévotions bien ancrées dans le message biblique, dans la liturgie de l’Église et dans la dévotion populaire. Dans l’Année de la foi nous réécoutons l’initiative divine : « Je vais parler à son cœur » (Osée 2, 16).

« La proximité de ces deux célébrations est signe de leur connexion étroite : le mystère du Cœur du Sauveur s’imprime et se reflète dans le Cœur de sa Mère » (Saint Siège, Piété populaire et Liturgie §174). La solennité du Sacré-Cœur synthétise l’œuvre de salut du Christ autour de sa source : le cœur, siège symbolique de la charité ; la mémoire du saint Cœur de Marie célèbre son union active au salut.

La grâce de la maternité divine raccourcit la distance entre ciel et terre. Le sein de la Toute Sainte, qui a formé le corps et l’affectivité de son Fils, recueille la flamme du Rédempteur. Bethléem, Nazareth, Cana, Jérusalem… seront théâtre de ce jeu divin qui prend l’humain au sérieux. Accomplissant la prophétie de Siméon, la Vierge s’est « associée d’un cœur maternel au sacrifice, donnant le consentement de son amour » (Concile Vatican II, Lumen Gentium §58).

Le cœur à cœur entre le Fils et la Mère accueille volontiers le fidèle. L’une des dernières paroles du Crucifié accorde à Marie une maternité élargie, comme « Mère des vivants » de la Nouvelle Alliance. Depuis la transfixion, le Cœur ouvert du Sauveur attire les regards de Marie, de l’évangéliste et des disciples.

Paul ne cesse d’admirer « les richesses de grâce » déversées sans mesure par le sang de la Croix (Éphésiens 1, 7 ; 2, 7 ; 3, 8). Les générations successives contemplent la « passion bienheureuse » du Christ (Ignace d’Antioche, Lettre à ceux de Smyrne, 1), vainqueur « de la mort, l’enfer et le Malin » (Méliton de Sardes, Homélie pascale) ; et voient le cœur de la mère transpercé, spirituellement, par le même fer de lance (saint Bernard, Homélie dans l’octave de l’Assomption). Les musiciens composent à l’envi des Stabat mater. Les mystiques bénéficient de confirmations consolantes : « Nous n’étions que comme un Cœur », confiait Marie à sainte Brigitte (Révélations 1, 35).
Sacré Cœur de Jésus - Cœur Immaculé - DPTN

Les prédicateurs imaginent audacieusement leur intercession puissante au ciel :  « le Christ, son flanc découvert, montre au Père ce côté et ses blessures. Marie montre son sein au Christ » (Arnaud de Chartres, Les sept paroles). L’art flamand l’a traduit en image, dans l’huile sur chêne du Jugement dernier (Jean Provoost, Bruges, 1525).

Depuis sainte Marguerite-Marie, la dévotion au Sacré-Cœur s’est enracinée, à partir de la France, dans l’orbe ; depuis le même terroir et presque en même temps, la dévotion au Cœur Immaculé s’est répandue, féconde l’une comme l’autre dans leur juste hiérarchie. Avec une confiance sans bornes, les papes leur ont consacré la famille humaine.


Le cœur du chrétien a besoin de s’y greffer. Le zèle évangélisateur du peuple de Dieu grandira fertile. La sève de ces amours fait pousser vite la foi, « l’esprit de bonne volonté et de supplication » (Zacharie 12, 10), ainsi que les autres œuvres de miséricorde, à commencer par celle — plus ardue — du pardon. 

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