vendredi 25 octobre 2013

La famille, lieu ultime de la liberté.

Remarques sur la théorie du genre.



      
 
Les théories du genre distinguent le sexe, qui serait une donnée purement biologique, et le genre, qui serait une pure construction sociale. Elles se présentent comme des théories scientifiques, alors qu’elles ne sont que des idéologies qui mettent au goût du jour un dualisme gnostique et manichéen, marqué par un mépris et une exaltation paradoxale du corps ; ce dualisme gnostique, plus ou moins radical, apparaît périodiquement sous des formes différentes à toutes les époques.


Contrairement aux affirmations des mouvements qui le prônent, il n’est rien de bien nouveau, ni de bien original.

On pourrait reprocher, en premier lieu, aux théories du genre de mettre en question  l’unité de la personne humaine, corps et âme, en la divisant en un corps purement matériel, un donné biologique et naturel, d’une part, et une liberté (ou un caprice ?), liée à la société et à la culture, d’autre part. Le genre est une construction culturelle et d’ailleurs, pour ses partisans, ne semble pas se réduire à la dualité du féminin et du masculin, c’est un modèle pluriel que la liberté de chacun pourrait librement choisir, indépendamment d’un donné biologique auquel la liberté serait arbitrairement liée. Or, transformer le corps en un pur objet n’est possible qu’en oubliant le corps propre auquel notre organisme et nous-même sommes intimement liés. En outre, on pourrait observer ici que « libérer » la personne (ou plutôt l’individu) de son corps, c’est la soumettre à un autre déterminisme social et culturel, d’autant mieux accepté qu’il est inaperçu et inconscient, parce que les influences qui l’imposent jouent de la puissance de la propagande, de la publicité, et des groupes de pression aujourd’hui très influents dans le moyens de communication. On prétend libérer l’individu d’un modèle en le soumettant de force à un autre modèle ! En même temps, on présuppose une conception erronée de la nature.

En effet, la dissociation du corps et de la liberté, de la nature et de la culture, se fonde sur une conception de la nature, qui n’est jamais justifiée et qui est particulièrement réductrice. La culture ne peut être opposée radicalement à la nature que si cette dernière est un pur donné ; alors qu’en réalité la nature est un ensemble de potentialités, que la culture a précisément pour fonction d’actualiser et de réaliser selon une norme interne à la nature elle-même, même si cette norme admet des déviations aux causes variées. La culture institue la nature, et la nature donne sens à la culture. Sans cela, au nom de quoi pourrait-on condamner l’esclavage et l’exploitation de l’homme par l’homme ? Dans le cas, qui nous occupe, la sexualité repose sur l’altérité constitutive de l’homme et de la femme, pour une raison essentielle qui est la procréation, sans laquelle aucun partisan de la théorie du genre n’aurait vu le jour ! L’institution du mariage est liée à la filiation. Il est vrai que les partisans de la procréation médicalement assistée prétendent louer des ventres de mères porteuses ou acheter du sperme pour des couples de femmes. Cette revendication est particulièrement éclairante : elle montre que la logique marchande envahit tous les domaines de la vie et que la fabrication d’un homme nouveau est en bonne voie. Cependant, elle ne parvient pas à éliminer le fait fondamental que l’enfant est toujours fils ou fille d’un père et d’une mère, même si les constructions de la théorie du genre reculent autant que possible la reconnaissance de ce fait. C. Lévi-Strauss, dans Tristes Tropiques, cite le cas d’une communauté où la peur de l’enfantement réduit tellement les naissances, que la communauté ne peut subsister qu’en volant les enfants d’autres communautés plus généreuses, c’est-à-dire plus naturelles ou plus humaines. Ce rapt n’est-il pas l’équivalent de ce que, de différentes manières, le capitalisme avancé veut mettre en place ; on peut difficilement en douter.

Comme nous l’avons déjà dit, nous sommes ici renvoyés à la gnose. La gnose est un dualisme paradoxal : tantôt il affirme un mépris du corps dans une ascèse délirante, tantôt il incite à une recherche effrénée du plaisir, dans une débauche répugnante, passant d’ailleurs de l’une à l’autre de ces attitudes avec une très grande facilité ; ce mépris et cette exaltation du corps nous le retrouvons aujourd’hui, où le « marché du sexe » semble particulièrement florissant. Le mépris du corps, non seulement n’exclut pas la jouissance, mais suggère la construction d’un corps artificiel, en un monde où la chirurgie esthétique devient l’équivalent d’une spiritualité, particulièrement lucrative ! Les féministes, qui sont à l’origine des théories du genre, prétendaient libérer les femmes de l’oppression  masculine, de la vie familiale censée être oppressive, pour leur permettre de travailler et de s’épanouir dans leur travail, socialement rémunéré. Cette intention révèle le sens ultime de toutes ces idéologies : faire entrer dans le marché du travail, le plus grand nombre possible d’instruments de production. On nous propose une libération assez étonnante : les individus sont livrés sans protection aucune au monde de l’économie, manipulé par les marchands du temple, dans la mesure où la vie familiale sert de moins en moins de frein à l’oppression de la collectivité. Souhaitons que les partisans du genre ne parviennent pas à éliminer totalement ce lieu ultime de la liberté. Il ne s’agit pas bien sûr de critiquer sans nuances ou de rejeter l’économie, ni de nier l’existence de sociétés où l’homme soumet arbitrairement les femmes à son autorité, mais de réfléchir sérieusement aux conditions d’une véritable liberté et d’un véritable épanouissement de la personne humaine, en acceptant les dimensions constitutives de sa nature.
 
Par Paul Olivier, professeur de philosophie.

 

 

 

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