vendredi 1 août 2014

La Dame au-dessus des anges


Depuis le XVIe siècle Basilique patriarcale Sainte-Marie-des-Anges, rebâtie après des séismes, garde un souvenir précieux près d’Assise : la chapelle de la Portioncule. Ancien lieu de culte bénédictin à l’Assomption de Marie, dans la vallée de Spoleto, il fut reconstruit par saint François en 1209 ; témoin d'apparitions des anges,  il devint berceau de l’ordre franciscain et lieu du départ du  fondateur vers la gloire.

La Portioncule abrite un polyptique du Trecento embrasé de couleur. Sa façade est couronnée d’une statue gothique. Sur le tympan, la fresque de Friedrich Overbeck (1830) figure la vision de 1216 : François demande à Jésus et à Marie, entourés d’anges, l’indulgence plénière pour les pèlerins. Depuis, le 2 août commémore ce signe de miséricorde ; par la suite, l’indulgence fut élargie à toutes les églises paroissiales du monde. Notre Dame des anges étend partout le règne de son Fils.

La dévotion populaire acclame la « royauté universelle » (Lumen Gentium §59) de la Mère du Messie. La liturgie en remercie Dieu : « Tu l’as élevée bien au-dessus des anges » (Messe de Sainte Marie, reine de l’univers, préface) ; la Reine les gouverne selon les desseins de la nouvelle alliance. Une mosaïque byzantine à Ravenne (vers l’an 500) montre Marie Reine, avec l’Enfant, entourée d’archanges serviteurs. « Elle est plus proche du Seigneur que les séraphins » (J. H. Newman, Méditations pour le mois de mai II, 1).

« L’ange du Seigneur » (Genèse 16, 7) se manifeste souvent dans l’histoire du salut ; les messagers célestes préparent Abraham à la descendance messianique ; avec des noms individuels, ils protègent les jeunes, annoncent les derniers temps.  « De l’Incarnation à l’Ascension, la vie du Verbe incarné est entourée de l’adoration et du service des anges » (Catéchisme §333).  Ainsi la Mère de Dieu dialogue avec Gabriel à Nazareth et entend les échos angéliques à Bethléem. Des anges avisés aiguillent l’exil et le retour de la Sainte Famille. Saint Michel accourt auprès de la Femme, dans la lutte entre le Messie et l’enfer (Apocalypse 12, 7).

Marie est acclamée à Pâques comme Regina caeli ; on attribue cette antienne au bénédictin Geoffroy, abbé de la Trinité de Vendôme (mort en 1132), ainsi que la salutation à « la Souveraine des anges » (Ave Regina caelorum). Saint François lui dédiera la Portioncule. Entre autres lieux-dits de plusieurs continents, « Le village de Notre Dame, Reine des anges, du fleuve Portioncule », fondé par les évangélisateurs franciscains, lui doit son nom ; le fleuve est devenu Los Angeles River, tandis que l’agglomération a gardé sa dénomination castillane Los Angeles (Californie, USA).

François et ses compagnons commencèrent une prédication itinérante de l’Évangile : ce qui « signifiait  la joie pour  le changement qu’ils avaient éprouvé dans leurs vies grâce au courage de la pénitence » (J. Ratzinger, Le pardon d’Assise, 2005). Autour des papes, Assise a accueilli, à trois reprises (entre 1986 et 2011), des rassemblements de prière pour la paix.

Les Mantegna, André della Robbia ou Botticelli, ont honoré la Reine des anges. À la basilique de Notre Dame des anges et des martyrs de Rome (1561), un tableau, copie d’une mosaïque vénitienne, entouré de chérubins sculptés, préside le chœur : Marie et l’Enfant sont, selon la tradition biblique (Tobie 12, 15), au milieu de sept archanges qui portent des sceptres ; Michel et Gabriel soutiennent la couronne de leur reine. Par la suite on a préféré représenter Notre Dame entourée des neuf chœurs traditionnels d’anges.

Les litanies la proclament Regina angelorum, parce que Marie guide leur mission dans l’Église, éclaire leur connaissance de l’incarnation, enflamme leur louange. Les esprits célestes transmettent aux hommes des inspirations et de secours en suivant le regard de leur reine.                                         

Par l'abbé Fernandez

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